- les agressions de type biotique et abiotique, comme les aléas climatiques, les maladies propagées par des insectes ou des champignons,
- les agressions de type purement anthropique, telles que les incendies, la pollution atmosphérique, la déforestation, l'évolution des pressions sociales.
Mais cette division classique est un peu artificielle, puisque l'homme a une part de responsabilité probable dans toutes ces manifestations.
La marque des actions humaines est toujours présente : elle est encore relativement modérée du fait de ses rejets de gaz à effet de serre dans les désordres climatiques, responsables de destructions importantes ; elle est moyenne dans la sensibilité accrue de certains peuplements forestiers artificialisés aux attaques parasitaires ; elle est prépondérante dans les phénomènes de pollution atmosphérique ou de déforestation. Ces agressions seront donc plutôt classées par groupes de causes, en gardant à l'esprit un effort de classification par ordre croissant d'implication de l'homme, donc une possibilité d'intervention théorique croissante également.
Les aléas climatiques et les catastrophes naturelles
Les aléas climatiques ou les catastrophes naturelles sont
pratiquement totalement indépendants de l'action de l'homme. Pourtant, les inquiétudes concernant les éventuels changements climatiques à venir, conséquences des rejets humains de gaz à effet de serre, font craindre une augmentation de ces phénomènes. Sans verser dans le catastrophisme, il convient d'étudier ici non les moyens de s'opposer à ces agressions, mais les mesures à prendre afin d'augmenter la résistance des peuplements forestiers à ces événements.
Les forêts sont soumises, plus que tout autre écosystème terrestre, aux aléas climatiques, du fait de la longueur de leur maturation, qui peut s'étaler sur plus de 200 ans. Dans une telle période, de nombreux accidents climatiques peuvent survenir, de façon normale.
Les tempêtes et les chablis
Les tempêtes ont eu une action destructrice importante au cours de ce siècle, et notamment au cours des vingt cinq dernières années en Europe. En Europe du Nord, des vents violents ont anéanti 28 millions de m3 de bois en six heures, en novembre 1972. En 1982, 12 millions de m3 sont renversés en France ; en 1987, 11.5 millions de m3 sur le pourtour de la Manche. En France en Décembre 1999, 160 millions de m3. Durant l'hiver 1990, ce sont près de 110 millions de m3 qui ont été détruits à travers toute l'Europe, ce qui est considéré comme un record millénaire.
Ces abattages anarchiques perturbent gravement les programmes de coupes et de travaux, remettant en cause l'aménagement des forêts et désorganisant le marché du bois. Contre de tels fléaux, le gestionnaire forestier n'a que peu de pouvoir. Néanmoins, il faudra là encore, pour limiter les effets des vents de moindre violence, favoriser le développement de peuplements forestiers les plus stables possible, par une gestion prudente et suffisamment diversifiée.
Les périodes de sécheresse
Les stress hydriques fragilisent les peuplements forestiers. Ils se manifestent, soit par un changement de la distribution de l'eau au cours des saisons pour une même quantité de précipitation annuelle (l'offre étant alors décalée par rapport à la demande des peuplements forestiers), soit par une diminution du volume annuel des précipitations. Il est maintenant établi que les nombreux dépérissements observés sur les peuplements forestiers de diverses régions du monde au cours des dix dernières années (qui furent à l'époque entièrement attribués à la pollution atmosphérique) sont également en partie dus à des stress hydriques plus ou moins périodiques. En effet, les observations réalisées concernent des forêts de régions effectivement soumises à de fortes retombées polluantes, mais aussi des forêts de régions moins affectées: des dégâts ont été constatés en Europe, en Asie, en Amérique du Nord, en Amérique latine, au Sri Lanka, à Hawaii. Un certain nombre d'observations font cependant état, de ce point de vue, d'une relative amélioration, avec une baisse de l'intensité des dépérissements.
Les agressions biotiques
Les maladies et les attaques d'insectes bref aperçu de la situation:
Parmi les causes du dépérissement de nombreuses forêts du globe, les insectes et les champignons occupent une part importante.
Ces agents biotiques interviennent, soit comme agresseurs primaires, soit le plus souvent comme agresseurs secondaires, aggravant l'état de peuplements déjà affaiblis. Les exemples de maladies sont hélas nombreux et seules quelques unes seront citées à titre d'illustration.
Ces maladies se développent, soit du fait de l'activité d'agents pathogènes autochtones, soit par l'invasion d'agents allochtones dans des peuplements non résistants. Robredo et Cadahia ont dressé un tableau très complet de la situation mondiale à cet égard lors du Xe Congrès forestier mondial, dont cette partie est largement inspirée (
in COLLECTIF. - La forêt, patrimoine de l'avenir - Actes du Xe Congrès forestier mondial. - Revue forestière française. - Nancy, 1991.).
- En Afrique du Nord, ce sont les cédraies naturelles qui sont attaquées par des insectes xylophages, intervenant à la suite de différents stress climatiques.
- En Espagne, l'Abies pinsapo subit les attaques combinées d'un champignon Fomes annosus, d'un insecte xylophage puis d'un perforateur sous-cortical.
- En Europe, des phénomènes de dépérissement s'observent sur les chênes, notamment le chêne-liège et le chêne vert (attaques de Diplodia et Hypoxilon).
- Au Québec, la tordeuse des bourgeons de l'épinette, s'attaquant à la pousse annuelle du sapin baumier (Abies balsamea) et de l'épinette blanche (Picea glauca) fait des ravages périodiques comme dans tous le nord-est de l'Amérique du Nord. Cet insecte indigène revient à l'état épidémique environ tous les trente ans. La dernière infestation (1938-1958)
a provoqué la mort de 60 % des sapins et de 20 % des épinettes. A la fin de 1975, l'épidémie actuelle s'étendait au Québec sur 35 millions d'ha.
- En Chine continentale, la cochenille Hemiberlesia pitysophilla provoque le dépérissement des Pinus massoniana. En 1987, la superficie affectée était de 420 000 ha, mais sa très rapide progression met en péril plus de 25 millions d'ha de Pinus massioniana, prépondérant notamment dans la province de Guangdong.
Les épidémies dues à l'introduction de nouveaux agents pathogènes sont également très fréquentes. Parmi elles:
- le Ceratocystis ulmi doit être cité comme responsable de la maladie de l'orme, ayant provoqué la mort de la quasi-totalité des représentants de cette espèce, au cours des années 1980, sur le continent européen.
- Le Bursaphelenchus xylophilus développe ses attaques sur les différentes espèces de pins en Chine, au Japon et à Taïwan. Il s'agit d'un nématode véhiculé par un insecte du genre Monomacchus. Mais le mode de propagation le plus efficace de cette maladie semble bien être la circulation commerciale des grumes.
- Le Phoracantha semipunctata, originellement cantonné en Australie, a été observé en République centrafricaine au début du siècle, et a colonisé pratiquement tous les peuplements d'eucalyptus, en Afrique du Nord, en Espagne, en Bolivie et en Californie.
Vers une gestion forestière préventive
Face à ces agressions, les premières mesures doivent être de nature protectrice et concernent l'isolement des agents pathogènes par la mise en place de barrières phytosanitaires efficaces. Ces mesures de protections phytosanitaires nécessitent une bonne connaissance de la biologie des espèces pathogènes, afin de ne pas provoquer de dysfonctionnement abusif du commerce international des produits forestiers.
Des mesures sylvicoles doivent être prises pour assainir les forêts, stimuler leur production, éviter les causes d'affaiblissement, afin de prévenir l'action des organismes secondaires. Le maintien de la diversité des espèces et des types de peuplements est également un moyen de lutte efficace.
La mise au point de méthodes de lutte en forêt nécessite une parfaite connaissance de la biologie des agents pathogènes, ainsi que de celle de leurs hôtes. L'étendue des surfaces généralement menacées et la fragilité des écosystèmes concernés ne permettent pas d'utiliser des moyens à large spectre d'intervention.
La lutte biologique se développe, notamment avec l'utilisation de parasites secondaires des agents pathogènes (comme le Bacillus thurigensis), mais reste encore trop limitée. La lutte chimique est rendue nécessaire par la gravité de certaines situations. Elle doit être impérativement menée avec des solutions très sélectives, qui présentent toujours le risque d'obliger à des traitements périodiques, comme c'est le cas en Amérique du Nord contre la tordeuse de l'épinette.
Les incendies
Le feu a été, de tout temps, un élément présent dans beaucoup d'écosystèmes forestiers. Des causes naturelles d'incendies existent (foudre, éruptions volcaniques...). Les surfaces soumises aux incendies naturels ont été très importantes et pouvaient couvrir des millions d'ha. Mais le laps de temps, généralement long, qui séparait chacun de ces feux permettait à l'écosystème de se reconstituer.
De grands incendies ravagent toujours les surfaces forestières du globe. En Chine du Nord, 1.33 million d'ha est parti en fumée en 1987 ; plus de 3.5 millions d'ha ont brûlé au Kalimantan (Bornéo) en 1982-1983 ; en 1988, 400 000 ha ont été détruits par le feu aux États-Unis dans le parc national de Yellowstone ; récemment, en 1993, des dégâts considérables ont été causés par un gigantesque incendie dans les forêts australiennes.
L'importance du facteur humain
Les causes essentielles des incendies contemporains sont anthropiques :
- c'est le cas des incendies répétitifs de la zone européenne méditerranéenne, ou des incendies provoqués en vue du défrichement dans les zones tropicales humides ;
- dans les zones tropicales sèches, à forêts à feuilles caduques et à formations mixtes forestières et herbeuses, les populations ont toujours utilisé les feux de brousse à des fins de pâturage et d'agriculture ;
- en Europe, les données recueillies par la FAO permettent d'établir la surface forestière brûlée annuellement, entre 1980 et 1988, à 585 000 ha. L'Amérique du Nord totalise environ 3.5 millions d'ha forestiers brûlés par an pendant la même période, dans laquelle le pourcentage du total des incendies connus attribués à des causes humaines était d'environ 97 % en Europe, 91 % aux États-Unis et 66 % au Canada.
Les données équivalentes sont très mal appréhendées au niveau mondial. La surface des forêts et autres terres boisées touchées par le feu chaque année serait de l'ordre de 10 millions d'ha, ce qui représente environ 0.3 % de la surface totale des terres boisées dans le monde. Mais l'impact de ces incendies est plus important que ne le fait penser ce faible rapport de surface. En effet, dans les zones où la fréquence des incendies est forte, le caractère destructeur de ceux-ci est aggravé car les peuplements forestiers n'ont pas le temps de se restructurer entre deux passages du feu.
Une politique de prévention-lutte nécessairement intégrée
Les méthodes de lutte doivent être adaptées au milieu socioculturel dans lequel elles sont mises en place.
Les pays développés
Disposant de moyens matériels importants, les pays développés peuvent se permettre de mener une politique du "zéro-feu" propre à satisfaire leur opinion publique, généralement très sensible à cette forme d'agression du milieu naturel. Dans ce cas, une parfaite coordination des moyens terrestres et aériens doit être promue, ainsi que la participation active des acteurs forestiers publics ou privés, plus à même de participer aux opérations de prévention et de détection précoces. La passion pyromane et les conflits socio-politiques étant des causes déterminantes de mise à feu dans les régions développées, une politique d'éducation et de sensibilisation doit être menée conjointement aux opérations de lutte ponctuelle.
Les pays en développement
Dans les pays en développement ou dans des régions
naturelles moins densément peuplées, il faudra accepter qu'une partie des surfaces boisées soit brûlée. Cette pratique appartient à une culture agro-sylvo-pastorale qui comporte des éléments positifs et qu'il serait dangereux de combattre. Les solutions ne pourront être recherchées qu'en prenant en compte les exigences de subsistance des populations concernées.
Déforestation et désertification
A la base, un déséquilibre entre les ressources naturelles et les besoins des populations
Avant d'aborder ce grave sujet, il convient de rappeler que les pays développés, notamment ceux de civilisation ancienne comme l'Europe, ont vécu des périodes de très forte déforestation. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les forêts d'Europe, qui devaient couvrir la majorité des terres émergées de cette région, ont fait l'objet de destructions massives. Ce n'est que récemment, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, que les forêts européennes ont retrouvé une phase de croissance et d'amélioration. La quasi-totalité des surfaces cultivées de ces pays provient du défrichement plus ou moins ancien de surfaces boisées. Ceci est important pour comprendre les évolutions actuelles des pays en développement et leur rapports avec la couverture forestière, et éviter également certains jugements hâtifs et catégoriques trop souvent portés sur ces problèmes complexes.
En effet, la déforestation n'est que très rarement imputable à la malveillance gratuite. Elle répond à une nécessité : soit de développement économique, soit de survie. Elle peut aussi être essentiellement l'expression d'un conflit social d'utilisation des sols, principalement entre les utilisations agro-pastorales et forestières. Dans certaines régions, l'extension des zones urbaines et surtout des auréoles périurbaines (récolte de bois de feu) participe à ce phénomène, mais pour des surfaces peu significatives à l'échelle mondiale.
Dégradation de la forêt tropicale humide - Causes principales
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Source: Coyte, (1990), cité par Gauthier (J.) in AFOCEL. - L'émergence de nouveaux potentiels forestiers dans le monde - Colloque AFOCEL, Xe Congrès forestier mondial. - Grenoble, 1991. |
Les pays où les phénomènes de déforestation actuellement constatés sont les plus importants sont des pays à très forte croissance démographique. Ce développement des populations implique deux types de besoins nuisibles à la pérennité des forêts, en l'absence d'aménagements spécifiques :
- un besoin croissant en bois, essentiellement bois de feu pour les pays en développement, puis bois matériau,
- un besoin croissant de terres consacrées à l'agriculture, afin d'assurer la subsistance des populations.
La satisfaction immédiate de ces besoins conduit aux défrichements et au pillage des ressources les plus proches. La fragilité de ces écosystèmes ne leur permet pas de résister à une telle agression, et la non-reconstitution des réserves forestières peut conduire les populations à déplacer le même type d'agressions sur des surfaces plus éloignées, participant ainsi à l'extension des surfaces détruites. Leur réutilisation agricole est souvent impossible, à l'inverse de l'évolution ancienne des zones tempérées, du fait de l'extrême fragilité des sols tropicaux.
A la recherche d'une coexistence harmonieuse
L'indispensable association des populations
La restauration d'un équilibre ne sera possible que si, avec beaucoup d'humilité, les responsables du développement de ces régions privilégient les petits projets, utilisant des techniques connues des populations locales et élaborées avec elles. En l'absence de prise de conscience sur les dangers de la disparition du couvert forestier, et en l'absence de réponse apportée au besoin de développement agricole, aucun projet d'envergure ne peut aboutir, quels que soient les moyens financiers mis en oeuvre.
De même que les réalisations visant à maintenir la fertilité des sols de certaines régions, les projets forestiers doivent être compris comme un facteur d'amélioration à long terme des conditions écologiques nécessaires à l'agriculture et à la vie en général, et non comme une forme concurrente d'utilisation du sol.
- Dans les zones de forêts tropicales denses, l'agriculture itinérante aboutit actuellement à des défrichements par brûlis. Mais le besoin est tel que le temps de jachère forestière est trop court. La baisse de l'impact de ces brûlis ne peut passer que par l'augmentation (qui peut paraître paradoxale) des réserves foncières où le défrichement est accepté, afin de permettre la reconstitution suffisante des écosystèmes.
- Dans des zones comme le Sahel, les besoins en bois de feu sont une des formes de pression principales. La préservation des forêts passera par l'amélioration des techniques de combustion, par la plantation d'essences à croissance rapide comme production alternative, par une gestion plus rigoureuse des ressources actuelles, permettant la reconstitution des réserves.
Chaque ensemble de populations a ses habitudes propres, ses besoins spécifiques, ses conditions environnementales déterminées, qui doivent être prises en compte. Satisfaire les besoins des populations locales est un préalable indispensable à la mise en place de projets qui tiennent compte les besoins des populations, parfois très éloignées de ces zones, voire des objectifs d'intérêt planétaire.
L'interdiction : une arme mal adaptée
A cet égard, il convient de dénoncer la totale inefficacité, et même les effets pervers, des interdictions de commerce de grumes de certaines espèces tropicales. L'exploitation forestière a certes fait l'objet de nombreux abus en zone tropicale et participe à la dégradation des forêts de ces régions. Mais si ces abus doivent être combattus, il n'est pas nécessaire de stopper l'exploitation forestière de ces zones. Là comme ailleurs, la mise en place d'une gestion raisonnable des coupes peut conduire à une production pérenne des forêts. De plus, l'impact des dégradations forestières dues à l'exploitation de grumes est faible au regard des dégradations dues aux compétitions agriculture-forêt. Enfin, l'interdiction de ce commerce priverait les pays concernés des ressources indispensables à la mise en place des moyens nécessaires à la résolution des problèmes évoqués ci-dessus, et elle prolongerait ou aggraverait le processus en cours. Les phénomènes de désertification, d'érosion hydrique et éolienne sont par ailleurs très spectaculaires et concernent des surfaces considérables de notre planète. Fluctuations climatiques et destructions d'un manteau protecteur sont les causes principales de ce phénomène.